L’Allemagne par les livres : Trudi la naine d’Ursula Hegi !

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Cet ambitieux pavé de 730 pages nous plonge dans la vie quotidienne de gens ordinaires, de 1915 à 1952, habitants d’une petite ville (fictive) sur les bords du Rhin, à proximité de Düsseldorf.

L’auteure Ursula Hegi, née à Düsseldorf en 1946, évoque un des pans les plus sombres de l’histoire de l’Allemagne : la première guerre mondiale, la défaite, l’humiliation du Traité de Versailles, la montée du nazisme, la guerre et l’après guerre… le tout à travers les yeux d’une naine : Trudi.

La galerie de personnages de la petite ville de Burgdorf est impressionnante : vous rencontrerez l’épicier, le boulanger, le fermier, le boucher, le taxidermiste, le médecin, l’avocat, le pharmacien, le dentiste, la chapelière, le prêtre, les bonnes sœurs, les joueurs d’échec… et bien sûr Trudi.

Trudi est la fille de Leo, le bibliothécaire de Burgdorf et de Gertrud, qui sombre peu à peu dans la folie et meurt quand Trudi atteint sa quatrième année.

Du haut de sa petite taille, lucide sur sa différence et forte du mépris vécu dès sa naissance, affichant une détermination sans faille face aux événements, Trudi va observer ses contemporains et recueillir les confidences et secrets de chacun. Car des secrets il y en aura, certains inavouables… de nombreux acteurs de cette chronique villageoise vont révéler leur véritable personnalité avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, certains brilleront par leur fanatisme, d’autres par leur passivité quand quelques-uns se comporteront comme de véritables héros… Comme ce fils qui dénonce sa mère pour récupérer sa maison, ces familles qui creusent un tunnel pour abriter des juifs, ce père qui assistera au suicide de son fils après lui avoir interdit de rejoindre les jeunesses hitlériennes…

Un roman passionnant et profondément humain que je vous conseille vivement. On notera que le roman est plutôt lent au démarrage mais une fois passées les 200 premières vous ne regretterez pas d’avoir persévéré.

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«Le nazisme est arrivé à Burgdorf comme un voleur par les chemins détournés» dirait M. Blau après la guerre. Pour lui comme pour tant d’autres, les hommes aux chemises brunes étaient unsympathisch, voire ridicules, mais certainement pas dangereux. Qui écoutait vraiment ces discours prononcés, toujours d’une voix forte et lente, sur des estrades tendues de drapeaux à croix gammées ?

Certes quelques personnes bien comme il faut, y compris M. Heidenrich, étaient contentes de Hitler. Après tout, le Führer redressait l’économie et conjurait le chômage. Il donnait à la jeunesse un nouvel horizon à atteindre, une nouvelle direction à prendre. M. Heidenrich voyait les jeunes s’adonner à des activités de groupe plutôt que de traînasser bêtement.

Les professeurs étaient tenus de rencontrer régulièrement les nouveaux chefs de groupe pour confirmer que leurs élèves adhéraient, et les employeurs étaient fortement incités à n’engager que des apprentis qui fussent membres des JH ou de la «Ligue des jeunes filles allemandes». Si bien que les enfants devaient réfléchir à leur avenir beaucoup plus tôt qu’avant : qu’elle que fût la profession qu’ils souhaitaient excercer plus tard, ils avaient tout intérêt à adhérer aux mouvements de jeunesse des que possible. D’ailleurs, comment les enfants auraient-ils pu résister à tous ces feux de joie ronflants et à ces belles chansons folkloriques, à la fois sombres, mélancoliques et étrangement triomphales, lorsque, enfumés par la promesse d’une égalité absolue, eux les fils de boutiquiers et de professeurs, de paysans, d’avocats et de tailleurs, leurs voix ne faisait plus qu’une et s’élevaient dans la nuit par-dessus les flammes rouge et jaune ? Partout autour d’eux, ils sentaient les différences de classe fondre comme neige au soleil.

 

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