L’Allemagne par les livres : Vers l’abîme d’Erich Kästner !

«Vers l’abîme» d’Erich Kästner, qui fait écho au célèbre «Alexander Platz» d’Alfred Döblin, est une œuvre majeure et un des romans allemands les plus significatifs de la période de l’entre deux guerres en Allemagne. Il paraît en 1931, deux ans après le roman jeunesse bien connu du même auteur «Emil und die Detektive», et fait scandale pour son immoralité, malgré des coupures opérées par l’éditeur pour ménager la société de l’époque, pourtant loin d’être prude après avoir traversé les années folles.

Aujourd’hui c’est le texte intégral qui est réédité. L’action du roman se situe en plein cœur des années de crise en Allemagne, 2 ans avant le début du sinistre troisième Reich. 1933 signera d’ailleurs la fin de la carrière très productive du très en vogue écrivain, journaliste culturel, critique littéraire, scénariste et créateur de spectacles de cabaret, Erich Kästner. Après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, celui-ci devient un «auteur interdit» et ses œuvres sont brûlées sur la place publique.

«Vers l’abîme» décrit, avec un réalisme cru, la vie à la fois frénétique et chaotique de Berlin, sous la République de Weimar.

Le lecteur suit les «aventures» de Jakob Fabian, personnage cynique et désabusé et de son ami universitaire et bien né, Stéphan Labude, qui mènent une vie d’apparente insouciance… Une frénésie pour mieux oublier les maux de l’époque, décrits en filigrane : crise économique, inflation, chômage galopant, inégalités sociales, montée des extrémismes, violences, prostitution, débauche…

«Cette gigantesque ville de pierre n’a presque pas changé d’aspect au fil du temps, mais ses habitants, eux, l’ont depuis transformée en asile d’aliénés. L’est abrite le crime, le centre, l’escroquerie, le nord est le repaire de la misère, et l’ouest, celui de la luxure. Quant au naufrage, il est partout chez lui.»

L’auteur porte un regard ironique et critique sur une société totalement immorale et dénuée de scrupules. Comme Erich Kästner écrit dans sa préface, lors de la première  réédition du roman en 1946, ce roman est un ouvrage non pas immoral, ainsi qu’il fut décrit lors de sa parution, mais au contraire «éminemment moral».

«Son titre initial Der Gang vor dem Hunde, avait paru insupportable à l’éditeur d’origine, de même que quelques chapitres un peu crus. Or c’était une façon de montrer, dès la couverture, que ce roman avait un objectif. Il voulait servir d’avertissement. Signaler l’abîme vers lequel l’Allemagne et avec elle l’Europe se dirigeaient»…

… avant qu’il ne soit trop tard. La suite, nous la connaissons !

Bref, un roman que je vous recommande… et pour illustrer cette même période, je vous conseille également la fascinante série «Babylon Berlin»

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