L’Allemagne par les livres : Le bureau d’éclaircissement des destins de Gaëlle Nohant

La ville de Bad Arolsen dans la Hesse en Allemagne, à quelques 200 km à l’ouest de Düsseldorf, ne doit pas vous dire grand-chose ? à fortiori si vous n’avez jamais eu à rechercher des informations sur des victimes du national-socialisme. 

Et pourtant, cette petite ville tranquille du centre de l’Allemagne abrite la plus grande collection d’archives au monde, documentant les victimes et les survivants du régime nazi : l’International Tracing Service (ITS) fondé par les alliés en 1948 et rebaptisé par la suite Arolsen Archives, International Center on Nazi Persecution.


En effet, comme le souligne les les Archives d’Arolsen : « malgré son inscription au programme de l’UNESCO Mémoire du monde, l’existence de cette collection n’est toujours pas connue du grand public »… alors que le fonds d’archives, accessible à tout un chacun depuis 2007, détient des données sur près de 17,5 millions de personnes.

Et c‘est d’ailleurs une Française, Floriane Azoulay, experte en matière de droits humains, qui dirige l’institution depuis 2016. Je vous invite à aller faire un tour sur leur site (Arolsen Archives), le travail des 230 employés est époustouflant.

« Retracer le sort des victimes et rechercher des personnes disparues ont été pendant des décennies les tâches principales des Arolsen Archives. Aujourd’hui encore, nous répondons chaque année à des demandes concernant quelque 20.000 victimes de persécutions nazies. Notre activité en matière de recherche et d’éducation est plus que jamais importante pour informer notre société sur les crimes perpétrés par les nazis et, à ce titre, une part essentielle de notre travail est de mettre en ligne des archives complètes. En tant que centre international de documentation des persécutions nazies, nous considérons que notre mission est de contribuer au débat sur la mémoire et sur l’appréhension de la période nazie, des persécutions politiques et du racisme. »

Et c’est justement à Bad Arolsen et plus précisément au sein des Archives d’Arolsen, que se déroule le tout nouveau roman (sorti en janvier 2023) de Gaëlle Nohant, Le bureau d’éclaircissement des destins.

Gaëlle Nohant, auteur de plusieurs récits, a été pour la première fois en contact avec les Arolsen Archives alors qu’elle enquêtait sur le poète Robert Desnos, à qui elle a consacré un précédent ouvrage (Légende d‘un dormeur éveillé).
La découverte de cette institution incroyable l’a sans doute motivée pour consacrer un roman à cette thématique : le travail des enquêteurs des Arolsen Archives et le destin des personnes disparues.

Dès les premières lignes, on pénètre dans ces lieux mystérieux ainsi que dans l’univers d’Irène, la quarantaine, très secrète, divorcée et mère d’un jeune garçon de 20 ans. Quelques 30 c ans plus tôt, elle débarquait dans la petite ville de Bad Arolsen avec son tout nouvel époux, un Allemand plus âgé, et acceptait l‘opportunité d’un emploi au fonds d’archives, qui s’intitulait encore ITS… un emploi plus pour tromper l’ennui que pour répondre à une véritable motivation. C‘était sans compter la détermination de sa collègue Eva, rescapée des camps de la mort, qui l’a guidera pendant de nombreuses années.

Le lecteur fait donc la connaissance d’Irène, qui se voit confier une nouvelle mission : retrouver les propriétaires ou descendants des objets retrouvés ou volés dans les camps et stockés aux Arolsen Archives, en l’occurrence un Pierrot, un médaillon et un petit mouchoir en patchwork. 

Notre héroïne, dont la vie ne tourne aujourd’hui qu’autour de sa mission, son fils et une petite poignée d’amis fidèles, va donc se lancer dans une quête complexe et qui ne l’épargnera pas, de ces victimes du national-socialisme, souvent disparues, de leurs parents et/ou descendants, afin de leur restituer le bien et le bout d’histoire qui l’accompagne.

Une histoire extraordinaire, qui m’a littéralement embarquée et beaucoup touchée, une histoire racontée avec beaucoup de pudeur et de sensibilité, très documentée, poignante sans être larmoyante. Les personnages, extrêmement touchants par les drames qu’ils sont vécus, sont fictifs mais inspirés d‘histoires vraies.

Et que dire de cette institution, de son histoire et de l’omerta qui y a longtemps régné, et surtout des enquêteurs qui se dévouent corps et âme pour retrouver la moindre trace d’un bout d’histoire, remonter le temps et reconstituer un puzzle au nombre de pièces infini, qui fouillent dans de multiples bottes de foin, ici polonaises, grecques, allemandes, françaises, israéliennes… pour y retrouver la petite aiguille qui pourra tenter de recoudre une partie d’un trou béant.

Bref, vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement ce roman… un vrai coup de cœur !

« Le bureau d’éclaircissement des destins, c’est le fil qui unit ces trajectoires individuelles à la mémoire collective de l’Europe. »

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Marcel Richa dit :

    Oui j’ étais au courant , tous les nouveaux documents ( vu le les décès de grands- parents impliqués) y sont acheminés. Merci pour l’ info

    Dans un tout autre registre.

    Tous les mardis et jeudis , vers 14 heures ,nous jouons aux boules KOLPINGER PLATZ ( quelques Français et Italiens Avis aux amateurs qui voudraient grossir nos rangs

    Merci d’ avance de faite passer l’ info

    Marcel Richard

    Aimé par 1 personne

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